Vidéo

Kamik, 1989

Ulayok Kaviok fait partie de l'une des dernières générations d'Inuits nés et élevés sur le territoire, mais ses talents en matière de fabrication de bottes en peau de phoque pourraient bientôt se noyer dans la transformation culturelle s'opérant dans sa communauté. Ulayok et sa famille, à l'instar de nombreux Inuits aujourd'hui, s'efforcent de concilier deux mondes très différents. Les kamiks constituent une fenêtre ouverte sur ces mondes et le lien qu'une femme tisse entre eux.

Réalisatrice : Elise Swerhone
Producteur : Joe MacDonald Production
Agence de production : Office national du film du Canada

Avertissement : cette vidéo comporte des scènes de chasse explicites que certains pourraient juger dérangeantes.

Plan fixe 1
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15 MB / 4:29
Plan fixe 2
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12 MB / 3:35
Plan fixe 3
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22 MB / 6:34

Transcription de la vidéo

Depuis la mort de son mari, il y a plusieurs années, Ulayok Kaviok s’est mise à chasser elle-même. L’hiver dernier, elle a été la première dans sa communauté à abattre un ours polaire au fusil. Aujourd’hui, sa proie est un phoque annelé, dans la baie d’Hudson.

De tout temps, le phoque a occupé une place centrale dans la vie des Inuits, pour sa viande et sa peau superbe. C’est pour sa peau que Ulayok chasse ce phoque, en raison de ses qualités uniques pour la fabrication des bottes appelées kamiks.

Ulayok Kaviok est en effet une couturière de talent, experte dans la préparation des peaux.

Une paire de kamiks peut être constituée de peaux de différents animaux. La fourrure fine et douce du phoque annelé est toutefois idéale pour la construction de la partie supérieure de la botte…

… mais pour la semelle, Ulayok préfère utiliser la peau rugueuse d’un phoque barbu, qu’elle a tué peu avant au fusil.

L’outil le plus utile de la femme inuite est le ulu, un couteau en forme de croissant de lune. C’est le premier cadeau qu’elle reçoit lorsqu’elle est fillette et elle continue de s’en servir tout au long de son existence.

Une fois grattées et nettoyées, les peaux sont mises à sécher au soleil sur un cadre à étirer.

Pendant que les peaux sèchent, Ulayok et sa sœur Martha partent à la recherche d’œufs d’oie sauvage.

Ulayok est née dans ce territoire et ses parents lui ont appris à tirer le meilleur parti des ressources limitées qui s’offrent à elle pour survivre.

Aujourd’hui, elle et sa famille habitent dans une maison équipée du chauffage central et obtiennent la majorité de leurs vêtements dans un magasin, mais tous les printemps, ils regagnent la toundra où ils vivent dans une tente pendant quelques semaines, afin de se replonger dans l’univers si familier à Ulayok durant son enfance.

Une fois séchée, la peau de phoque doit être découpée.

Ulayok sélectionne les meilleurs morceaux de peau de phoque annelé pour le dessus de ses kamiks.

La découpe est cruciale. Lorsque vient le moment de coudre la botte, les empiècements doivent correspondre exactement les uns aux autres si l’on veut que les coutures soient robustes et étanches.

Lorsque le découpage des peaux est terminé, le printemps est suffisamment installé pour permettre la fonte de la glace côtière. Les insectes piqueurs arrivent alors en force, et il est temps pour Ulayok et sa famille de regagner leur demeure au village.

Le village d’Eskimo Point, maintenant appelé Arviat, existe depuis les années 1920, lorsque l’Église catholique et la Compagnie de la baie d’Hudson s’unirent pour fonder un carrefour des territoires de chasse traditionnels inuits. Au fil des décennies qui suivirent, le développement de la région nord amena les populations à quitter leurs terres pour rejoindre le village et adopter un mode de vie plus établi.

De nos jours, près de 1 100 personnes habitent à Arviat, adaptant et fusionnant les modes de vie de deux univers bien différents.

Ulayok navigue entre ces deux univers avec une aisance remarquable. Sa maison et ses meubles témoignent de liens qui l’unissent désormais au sud, mais ce n’est pourtant pas de la crème glacée que l’on trouve dans son congélateur, mais plutôt les kamiks de sa fille dont la fine peau de phoque blanche finirait autrement par jaunir, à cause de la température de leur maison.

Cet alliage d’influences du nord et du sud se retrouve aussi dans les kamiks qu’Ulayok confectionne. Elle utilise maintenant du fil de nylon au lieu du tendon dont elle se servait jadis pour la couture.

Elizabeth, la fille d’Ulayok, mâche les peaux afin de les assouplir et de les rendre plus faciles à coudre.

Grâce à ses nombreuses années d’expérience – et à sa grande maîtrise du découpage des peaux – Ulayok nous donne l’illusion que l’assemblage de la botte est une tâche aisée. En réalité, il s’agit d’un exercice qui requiert une grande patience et un souci minutieux du détail.

Les kamiks en peau de phoque de facture experte garderont les pieds au chaud, tout en leur permettant de se mouvoir librement et d’être aérés.

Pour un chasseur solitaire sur la côte de la baie d’Hudson, la qualité de ses kamiks peut s’avérer une question de vie ou de mort.

Fin